Sexe et bonne conduite

Malédiction du genou

 

 

Il est parfois dans la découverte d’une culture des moments particulièrement cocasses… La sexualité est un sujet tabou qu’il est difficile d’aborder tant que les liens ne sont pas suffisamment forts pour que cela ne rime plus avec impudeur.

Une fois le code du coffre fort de la confiance déniché, c’est l’occasion de collecter de véritables perles au travers les confessions de certains. Mélange de croyances populaires imbibées d’animisme, de religion, saupoudré de la fantaisie humaine que certains énergumènes possèdent naturellement, le florilège de considérations concernant le sexe est parfois décapant et décapé de bon sens !

Florilège…

– le chocolat, oui, mais pour les femmes seulement. Les hommes souffrent d’une mollesse fatale du membre inférieur en cas d’abus de la douceur.

– le poisson, c’est bon et il y en a à foison en Mer Rouge. C’est la base alimentaire locale avec le riz le pain. Mais trop conduit à une surpuissance sexuelle, et dans ce cas, la femme ne peut plus suivre le désir de l’homme…

– trop de sexe, entendre minimum une fois par jour, conduit à une blessure quasi systématique des genoux et impose un arrêt de travail sexuel. Cela nous amène à poser deux questions hautement philosophiques : qu’en est-il de la qualité de la literie locale et qu’en est-il de l’offre sexuelle en terme de positions ?

– l’abstinence quand à elle conduit à la décrépitude complète. Une femme qui n’a pas ou peu d’activité sexuelle coure le risque de moisir de l’intérieur, peut-être même de tomber gravement malade. D’où l’attention toute particulière de mes collègues quand à ma vie amoureuse, et leur empressement à me trouver un compagnon de route.

A méditer…

 

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15/09/2013 · 14 h 03 min

Décalage horaire…

décalage horaire

Vivre en Egypte et travailler au sein d’une entreprise de plongée allemande relève du défi permanent. Il faut sans cesse jongler entre l’extrême rigueur allemande et la débonnaire attitude égyptienne face à toute situation ou presque.

Et s’il est un point épineux, litigieux, requérant souplesse et adaptation de la part des deux camps, c’est la notion de ponctualité….

Une âme comme moi, finalement dénuée d’attache culturelle, est comme une brebis égarée au milieu d’un troupeau de chèvres et de vaches (choisissez qui sont les chèvres et qui sont les vaches, ce n’est pas là le sujet).

Le matin,  si c »est votre manager (allemand) qui vient vous chercher devant votre immeuble, accordez une extrême attention à l’heure donnée la veille. 7h45 veut en réalité dire 7h40. On ne vous reprochera pas d’avoir été à l’heure non, mais on vous reprochera subtilement de ne pas avoir été en avance le cas échéant… Subtile !

Vous arrivez au centre, le départ pour le site de plongée est prévu à 8h15, vous êtes assurés  que les plongeurs allemands étaient là avant même que vous n’ayez atteint votre lieu de travail.

Pour peu que quelques Italiens soient inscrits sur la sortie, ils nous feront le plaisir de se présenter à 8h16 et mettront tous les esprits nordiques en quinconce…

8h21; finalement tout est prêt; tout le monde attend sagement le signal de départ. C’est le moment que choisit mon collègue égyptien pour fumer nonchalamment une dernière cigarette.

L' »énervomètre » allemand est au point 8/10. Le « calmomètre » égyptien est au point 2/10… Les Italiens réclament du café.

Retour au centre, il est 11h45. La pause déjeuner s’annonce à midi, les estomacs sont affamés. Les plongeurs allemands sont radieux, ils ont envie de parler encore et encore de cette magique plongée qu’ils viennent de faire.

La nourriture arrive sur la table d’à côté. Mes collègues égyptiens commencent à se rassembler autour des assiettes et les morceaux de conversation que je peux attraper au vol laissent présager une légère irritation.

L' »énervomètre » égyptien, est au point 8/10. Le « calmomètre » allemand est au point 2/10… Les Italiens braillent pour exprimer leur bonheur.

Je ris; j’aime le ping pong.

12h15, le dernier plongeur s’en va et la tablée se jette sur le délicieux repas composé de fromage frais, chips et thon émietté.

12h30, on n’est plus que deux à manger. Tout le monde est en position horizontale et d’ores et déjà bien loin de toute cette agitation…

La manager et moi-même restons assis, dehors, en vigie. Oui parce qu’autre particularité étonnante; si toutes les administrations ou commerces sont bel et bien fermés en Europe entre midi et deux heures, ou presque, l’Européen en vacances souffre d’une amnésie de la pause repas, et se présente quasiment systématiquement durant ce créneau pour demander des informations… Autre assouplissement psychologique à envisager sérieusement en travaillant dans la plongée. Le midi-deux, c’est désuet…

14h, heure de la deuxième sortie de la journée. On prend les mêmes et on recommence.

L' »énervomètre » allemand est au point 8/10. Le « calmomètre » égyptien est au point 2/10… Les Italiens font la sieste, ils ne plongent qu’une fois par jour.

17h30, ça sent la fin de journée, la ruche égyptienne s’agite, les portes commencent à se vérouiller, le service de café disparait subtilement de la table; les sacs à dos rassemblés au pied du mini bus suggèrent aux derniers touristes que c’est l’heure de la débauche.

Tout le monde scrute avec attention les derniers soubresauts du manager, posté devant son ordinateur, faisant sa « compta » et tripotant des papiers avec un air très concentré.

Mais le manager allemand ne compte pas ses heures. Il est dévoué à son travail, corps et âme et l’agacement provoquée par ses prolongations fréquentes et arbitraires de temps de travail lui glisse dessus comme l’eau de pluie égyptienne…

L' »énervomètre » égyptien est au point 8/10. Le « calmomètre » allemand est au point 2/10… Les Italiens sont à l’apéro, au bar de la piscine…

Antagonismes profonds, ressentis larvés, dont le point d’orgue est probablement Ramadan. Déshydratée, à jeûn, la débonnaire égyptienne perd de sa splendeur et seul les festoiements de la fin de Ramadan nous ramènent une paix provisoire…

Moi, pauvre brebis, observe, recueille les frustrations des deux camps et me réjouit que finalement la mondialisation n’ait pas encore complètement entamé les spécificités culturelles qui font de l’expatriation une formidable aventure !

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04/09/2013 · 16 h 58 min

MOYEN-ORIENT Le Caire ou Damas, pour le Golfe l’enjeu est de taille

Dessin de Bojesen

Les régimes du Golfe condamnent fermement le régime de Bachar El-Assad. Si à ce sujet ils sont en accord avec leur opinion publique, le soutien qu’ils apportent à l’armée égyptienne leur vaut, en revanche, de vertes critiques.

« Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) demande l’application du chapitre 7 de la charte des Nations unies » en réaction à l’attaque à l’arme chimique qu’aurait commise le régime de Damas le 21 août, titre le site d’information koweïtien Al-Aan. Il s’agit d’un net durcissement de la diplomatie des pétromonarchies arabes, puisque le chapitre 7 stipule qu’en « cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’agression » il est permis de lancer des opérations militaires contre le pays agresseur. En juin dernier, le ministre des Affaires étrangères saoudien, Saoud Al-Fayçal, avait déjà déclaré que « la Syrie [était] un pays sous occupation », à savoir iranienne, ce qui théoriquement ouvrait déjà la voie à la demande d’activation du chapitre 7.

Les photos des victimes syriennes ont largement circulé sur les réseaux sociaux du Golfe où elles ont eu un immense impact. Dans ces pays à dominante sunnite, le sentiment est répandu qu’en Syrie se joue une guerre par procuration avec l’Iran chiite, et l’opinion est très mobilisée en faveur de l’opposition syrienne. Beaucoup d’intellectuels, prédicateurs sunnites et grandes figures de la blogosphère se mobilisent régulièrement pour exiger une implication plus nette de la part de leur gouvernement en faveur de l’opposition syrienne.

Une des réactions les plus remarquées au drame syrien a été celle deSalman Al-Awda, islamiste sunnite qui est probablement l’un des opposants les plus entendus en Arabie Saoudite. Sur son compte Twitter (3,4 millions d’abonnés), il écrit que « le régime [syrien] n’est pas le seul responsable. Les complices du crime sont nombreux. » Et : « Ce qui se passe en Syrie est un message adressé aux régimes [arabes] : faites ce que vous croyez nécessaire pour rester en place. Vous n’avez rien à craindre. » Ces messages quelque peu énigmatiques font implicitement le lien entre ce qui se passe en Syrie et ce qui se passe en Egypte. Car si la condamnation des crimes de Bachar El-Assad recueille un semblant de consensus, le soutien que les régimes du Golfe apportent aux nouvelles autorités égyptiennes est très critiqué. Aussi, un des enjeux médiatiques dans le Golfe consiste à focaliser l’attention plutôt dans un sens ou dans l’autre, plutôt vers Damas ou plutôt vers Le Caire.

A moins qu’une autre idée ne s’impose, évoquée par exemple par l’opposant koweïtien Obaid Al-Wasmi sur son compte Twitter : « L’armée syrienne combat le peuple syrien ; l’armée égyptienne combat le peuple égyptien ; et les forces du Bouclier de la péninsule [forces communes des six pétromonarchies du Golfe, dominées par l’Arabie Saoudite] sont en marche », pour écraser les revendications populaires dans les pays du Golfe eux-mêmes. Obaid Al-Wasmi avait déjà condamné l’intervention de ces forces à Bahreïn [en mars 2011], et réitéré ses craintes quandl’émir du Koweït avait laissé planer la menace d’une telle intervention contre l’opposition koweïtienne, qui réclame un gouvernement élu.

Le sens donc qu’il convient de donner à l’actualité syrienne d’un côté, égyptienne de l’autre, ou bien aux deux ensemble, représente un énorme enjeu pour le débat en cours dans le monde arabe, et plus particulièrement dans les pays du Golfe – Arabie Saoudite en tête. Et ce d’autant plus que le régime saoudien se conçoit de plus en plus comme la puissance tutélaire du monde arabe postrévolutionnaire, tandis que les opposants saoudiens font preuve d’un grand dynamisme pour se saisir de ces questions et pour se faire entendre, y compris au-delà ses frontières de leur pays.

COURRIER INTERNATIONAL PHILIPPE MISCHKOWSKY 26 AOÛT 2013

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26/08/2013 · 15 h 28 min

L’œdipe du moniteur

Prenons d’abord cette définition donnée par Wikipedia  du complexe d’Oedipe :

« Le concept de complexe d’Œdipe a été avancé par Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse, pour désigner une attirance sexuelle inconsciente des garçons envers leur mère, ainsi que la jalousie à l’égard de leur père »

Et changeons quelques termes pour l’adapter à l’environnement de la plongée scaphandre :

« Le concept de complexe d’Œdipe du moniteur a été avancé par Nutria Cystitis, fondatrice de la Sub-psychanalyse, pour désigner une attirance sexuelle consciente des garçons envers leur monitrice, ainsi qu’une perte complète de leur capacité de retenue « 

Il y a des rencontres qui marquent… Et qui expliquent de manière tout à fait scientifique la théorie exposée plus haut.

Mario (son nom est changé pour préserver son anonymat), est un italien d’une trentaine d’années. Yeux bleux profonds, physique à la fois énergique et légèrement bedonnant de celui qui aime profiter de la vie, une bouille d’enfant, et une irrésistible envie d’apprendre à plonger.

Son premier contact avec avec mon collègue instructeur égyptien, qui parle un italien parfait. Mais Ahmed est malade et ne peut enseigner, il a une infection à l’oreille externe et doit rester hors de l’eau une semaine minimum.

Mario est pressé, il a deux semaines de vacances, est venu avec des amis plongeurs et veut passer son niveau un pour les rejoindre au plus vite. Ahmed lui propose une alternative, il peut faire le niveau 1 avec moi, qui comprend très correctement l’italien mais serai plus à l’aise pour l’enseigner en anglais. Il devra donc gérer la partie théorique avec mon collègue, et la partie pratique en piscine et en mer avec moi. Mario est enthousiaste, il accepte sans même m’avoir rencontrée.

On est en plein pic de saison, je jongle indéfiniment depuis trois semaines entre de multiples personnes aux voeux aussi variés que leurs profils : baptême, cours de spécialité, niveau 1, 2… Mes journées ressemblent à un marathon, j’ai oublié le concept de « pause déjeuner », je ne sais même plus comment on prépare une salade la veille soir, je m’endors régulièrement complètement habillée, d’épuisement, aux alentours de 20h… Et Mario débarque, sa bouille de gamin enchanté, en plein milieu d’un planning où je tente déjà vainement de combiner des cours en français et en anglais…

C’est un cou-près. Il a beau me sortir son plus beau sourire et lancer une adorable accroche typique du séducteur italien, j’ai juste envie de fuir en courant. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette foutue bactérie dans l’oreille de mon collègue.

Mario va donc joindre mon cours de niveau 1, avec mes deux polonais, mère et fils, dont seul le fils comprend l’anglais et traduit instantanément à sa mère, et mon belge qui ne parle pas un mot d’anglais. Une tour de Babel sous marine…

Les réglages du débuts sont un peu complexes, chacun fait son cours de façon un peu isolée, barrière de la langue oblige. Mais très vite mes bêtises habituelles sous l’eau détendent tout le monde et la cohésion de groupe pointe le bout de son nez.

Mario est un très bon plongeur. Sa motivation balaye du revers toutes les difficultés qui auraient pu être préssenties à cause de la barrière de la langue. Il écoute mes briefings en anglais avec un sourcillement caractéristique de la personne qui ne comprend que 25% ou moins des informations. Il écoute mes briefings en français et ne peut s’empêcher de me sortir en italien à chaque fois ou presque que (sic) :

Il francese è una lingua così romantico…

Comprenez, si je pouvais vous inviter à diner ce serait avec plaisir…

Nous finissons sans encombres le niveau 1, Mario est très assidu, au point de toujours venir une demie heure en avance pour chaque rendez-vous, se prend de passion pour des debriefings interminables post plongée. Nous feuilletons ensemble le guide de la faune de récif en italien à chaque fois ou presque et ma connaissance du vocabulaire faunistique s’améliore malgré moi.

Ahmed est guéri, et Mario veut continuer sa formation en attaquant directement le niveau 2. Je tente une opération diplomatique de grande envergure, poussant mon élève adorable mais trop adorant, dans les bras de mon collègue égyptien.

Rien n’y fait. Mario veut continuer avec moi. Mes collègues se jouent de la situation et alimentent son fantasme de la monitrice cool et désirable en lui racontant tout un tas de détails de ma vie privée. Je suis piégée. C’est le jeu ma bonne Lucette. Le client est roi.

Je décide de transformer l’essai. Après tout mon niveau en italien n’est pas si mauvais que ça. Je vais prendre en charge l’intégralité du cours cette fois ci. Revue des connaissances théoriques incluse, dans la langue de Dante.

Nous passons encore ensemble trois jours à plonger, en duo cette fois. L’instant le plus mémorable, s’il n’en est qu’un tant le personnage est délicieusement caricatural, sera notre plongée « naturaliste ».

Je prépare consciencieusement une planche d’observation de la faune pour Mario, avec différentes familles de poissons, symbiose, stations de nettoyage et autres singularités du monde sous marin à observer. Après un briefing mi italien – mi anglais, Mario, studieux, embarque sa planche sous l’eau et observe durant près de 70 minutes un récif gorgé de poissons et coraux. Je le vois noter régulièrement des informations sur sa planche, ravie qu’il prenne son travail au sérieux, malgré les multiples tentatives de diversion lors de nos séances lecture du guide de la faune en Mer Rouge…

Nous sortons de l’eau, rangeons l’équipement et prenons le temps de nous assoir pour opérer un débrifing des plus sérieux qu’il soit. Mario oublie sciemment, mais je ne le sais pas encore à ce moment, sa planche qu’il a rangé directement dans ma caisse. Je lui demande d’aller me la chercher, il pique alors un fard, et me la ramène un sourire aux lèvres.  Par dessus mon tableau scientifique, il a dessiné un croquis de ma silhouette sous l’eau, et m’a écrit en dessous, sous titré de son numéro de téléphone :

« chiamami quando si arriva in Europa »

Une tentative ou deux supplémentaire d’invitation à un dîner nous poussera à parler de choses plus privées, il comprendra que je ne suis pas libre, tout du moins pour une relation de ce genre et finira par me serrer fort dans ses bras le jour de son départ en me demandant de le tenir informé de mes pérégrinations professionnelles…

Mario est un exemple parmi d’autre de ces personnes qui le temps de vacances loin de leur quotidien, parfois probablement ennuyeux à mourir, se prennent à rêver tels des adolescents d’une romance avec la monitrice, ou le moniteur, mythe tronqué d’une mode de vie parfait…

Qui travaille dans le monde du tourisme sait à quel point cette image d’Epinal n’est qu’une invention du cerveau humain, tant la vie intense et épuisante de saisonnier laisse parfois peu de place au romantisme et à la rêverie, et rend la vie quotidienne dans les lieux les plus exotiques banale à en mourir.
Ne pas détruire intégralement un mythe, laisser les gens s’évader, tout en gardant une distance saine dans les relations, tel est le leitmotiv quotidien du professionnel du tourisme, si tant est qu’il n’abuse pas du système…

 

 

 

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25/08/2013 · 9 h 29 min

La grande illusion des libéraux

Il y aurait mille questions à se poser sur les violences qui secouent l’Egypte : pourquoi la police a-t-elle décidé de réprimer les sit-in des islamistes et avec une telle brutalité, après avoir clamé haut et fort au cours de la semaine précédente s’être parfaitement préparée à procéder à une évacuation “dans le cadre de la loi” ?

On pourrait aussi se demander si les attaques contre les églises, et plus généralement contre les chrétiens [les Coptes], relèvent d’une réaction planifiée ou d’un emballement des tensions politiques propre aux moments de crise. Mais la question la plus troublante est la suivante : cette escalade a-t-elle été sciemment organisée afin de créer une situation qui déclenchera inévitablement encore plus de violences ?

La faille fondamentale du coup d’Etat [militaire] du 3 juillet tient à ce qu’il était fondé sur une illusion – et c’est pourquoi les anti-Morsi [le camp libéral opposé au président islamiste Morsi] qui sont descendus dans la rue le 30 juin ont eu tort de le cautionner. Cette illusion croyait qu’un retour à l’ancien ordre militaire, même partiel, pouvait offrir une occasion de relancer le processus de transition, qui avait si mal tourné après la chute d’Hosni Moubarak, le 11 février 2011. Les libéraux pensaient qu’une réforme progressive, fût-elle beaucoup moins ambitieuse qu’ils ne l’espéraient en 2011, aurait plus de chances d’aboutir en s’accommodant de l’ordre ancien qu’en laissant se perpétuer ce qu’ils considéraient comme un accord entre l’armée et les islamistes. Il valait mieux s’attacher à remettre le pays sur les rails – à commencer par son économie – et à empêcher Morsi de le saborder, quitte à prendre le risque de voir l’armée réapparaître sur le devant de la scène.

Ils imaginaient ainsi engager une transformation progressive du pays tout en maintenant la stabilité politique grâce à l’appui des forces armées. L’ordre ancien se serait appuyé sur le talent et les compétences d’une nouvelle classe technocratique investie d’un rôle politique pour assurer la gouvernance et l’améliorer. Ils espéraient que les islamistes comprendraient qu’ils avaient perdu la bataille et que l’on parviendrait d’une manière ou d’une autre à les contenir tandis que se dessinerait un nouvel ordre social. C’était, dans les grandes lignes, la solution que défendaient en toute conscience [l’homme politique égyptien et Prix Nobel de la paix] Mohamed El-Baradei et d’autres libéraux le 3 juillet et que tant d’autres éléments de la société civile appelaient de leurs vœux : non pas la révolution souhaitée par les radicaux, mais l’instauration dans le pays d’un ordre plus raisonnable, plus tolérant.

Malheureusement, dans le reste de l’Egypte, seule une minorité de libéraux égyptiens souscrit à cette vision. La majorité des opposants aux islamistes s’est réjouie de cette occasion d’écraser les Frères musulmans et nombre d’entre eux paraissaient croire que d’autres factions islamistes pourraient tout bonnement choisir de jouer les martyrs aux côtés des Frères musulmans, se soumettraient à l’ordre nouveau, ou seraient réduites au silence. Une grande partie des élites traditionnelles et du monde des affaires entre manifestement dans cette catégorie, tout comme les membres de l’establishment sécuritaire.

Début août, on a beaucoup parlé des désaccords survenus dans le camp libéral, où l’on se demandait s’il fallait négocier avec les Frères musulmans ou disperser leurs sit-in. Le camp qui a fini par l’emporter non seulement estime qu’il est inutile de négocier avec la confrérie, mais cherche également à l’encourager dans son discours sectaire provocateur, à attiser le désir de violence de ses partisans et à pousser ainsi autant d’islamistes que possible à se mettre hors la loi. Les tenants de cette stratégie d’éradication ne veulent pas tant éliminer physiquement tous les islamistes que les amener à compromettre leur existence politique en choisissant la violence. Ils sont prêts à tolérer cette violence, voire un retour à la contre-insurrection des années 1990, et même une résurgence sporadique des attentats terroristes et des attaques interconfessionnelles, car ils sont persuadés que cela renforcera leur camp et leur permettra d’évincer durablement la grande majorité des islamistes de l’échiquier politique.

Leur raisonnement, cynique à l’extrême, n’est pas sans rappeler la décision de Bachar El-Assad de militariser le conflit politique auquel il a été confronté en 2011. Ils sont prêts à vivre avec la violence, malgré son impact sur l’économie et autres effets pervers, si cela peut asseoir leur pouvoir et leur légitimité. L’opinion nationale et internationale peut plus facilement diaboliser un camp islamiste qui incendie des églises et s’en prend aux commissariats – comme commencent apparemment à le faire certains de ses éléments. Mais ce camp est aussi beaucoup plus imprévisible que ne l’étaient les clans islamistes égyptiens des années 1980 et 1990 : d’abord parce que le mouvement djihadiste mondial n’existait pas à l’époque, ensuite parce que tout le Moyen-Orient est aujourd’hui en ébullition, et enfin parce que les frontières de l’Egypte sont loin d’être aussi hermétiques qu’elles ne l’étaient alors et que la Libye actuelle est un voisin encore moins recommandable qu’au temps du colonel Kadhafi.

Dans leur stratégie de contestation du coup d’Etat du 3 juillet, les Frères musulmans et leurs alliés ont tenté de mobiliser leur camp en présentant ce coup de force comme une guerre contre l’islam, se dédouanant du même coup de leurs responsabilités dans la gestion désastreuse de l’année passée, et ils ont souligné leur légitimité démocratique, rappelant qu’ils avaient été élus et que, même si le coup d’Etat avait recueilli l’assentiment d’une grande part de l’opinion, ce n’en était pas moins un coup d’Etat. Au fil des semaines, ils ont fait fausse route : leurs opposants se réjouissent de les voir céder à la violence rhétorique et physique, et sauront s’en servir pour faire oublier leurs propres exactions.

The Arabist/Issandr El Amrani/23 août 3013

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23/08/2013 · 9 h 07 min

ÉGYPTE La presse occidentale dans le viseur du gouvernement

Dessin de Sondron

Les autorités égyptiennes reprochent à la presse occidentale de passer sous silence le soutien que des étrangers et des djihadistes proches d’Al-Qaida apportent aux Frères musulmans. Et de donner une image déformée de la réalité, relève Foreign Policy.Alors que s’aggrave le conflit entre le gouvernement égyptien et les partisans du président renversé Mohamed Morsi, le pouvoir fraîchement installé au Caire s’est trouvé un nouvel ennemi : les médias étrangers.

Le 17 août, le Service d’information de l’Etat égyptien (SIS) a publié un communiqué qui reproche à certains correspondants étrangers de « s’éloigner de l’objectivité et de la neutralité », et par conséquent de transmettre à leur public « une image déformée » des événements dans le pays. « L’Egypte ressent une profonde amertume face à la couverture tendancieuse de certains médias occidentaux, favorables aux Frères musulmans, et qui préfèrent ne pas faire la lumière sur la violence et les actes terroristes commis par ce groupe », peut-on lire dans le communiqué.

D’après le SIS, les médias occidentaux seraient coupables de sept manquements dans leur couverture de la situation. Non seulement ils ferment les yeux sur les « brutalités et le sabotage » des Frères musulmans, mais quelques-uns d’entre eux « s’abstiennent toujours de présenter les [manifestations anti-Morsi] du 30 juin comme l’expression de la volonté du peuple ». Autrement dit, le gouvernement égyptien réfute l’idée, qui circule dans les médias internationaux, que le renversement de Morsi ait été un coup d’Etat militaire.

Le communiqué accuse également la presse occidentale de taire le soutien que des étrangers et des djihadistes apportent aux Frères musulmans. Il ajoute que les médias « ignorent complètement » le fait que ces derniers aient réclamé l’aide d’éléments proches d’Al-Qaida, et affirme que cinq véhicules arborant le « drapeau noir » des islamistes et équipés d’armes automatiques sont entrés sur la place Ramsès du Caire lors des manifestations pro-Morsi qui s’y sont tenues le 16 août. « [La presse étrangère] a de plus veillé à ne pas mentionner la participation d’éléments non égyptiens venus du Pakistan, de Syrie et de Palestine aux actes de violence perpétrés par les Frères musulmans, » poursuit le communiqué.

« L’Egypte affronte le terrorisme : 14-16 août »

Les responsables égyptiens se sont fait l’écho de ces critiques dans leurs déclarations publiques. Le 18 août, à l’occasion d’une conférence de presse, Moustapha Hegazy, le porte-parole de la présidence égyptienne, a entamé sa présentation par quelques réflexions en anglais, preuve que son message était destiné aux médias étrangers. Il a expliqué que les Egyptiens étaient « blessés » que la presse internationale ait gardé le silence sur les rapports alléguant que les partisans des Frères musulmans auraient tué des soldats, brûlé des églises et se soient servis de femmes et d’enfants comme de boucliers humains. Les événements en Egypte ne sont pas le résultat d’un désaccord entre deux camps politiques, a-t-il précisé, ils sont une « guerre contre le terrorisme… et l’Egypte défendra sa souveraineté ».

Le ministre des Affaires étrangères Nabil Fahmy a tenu une conférence de presse le matin du 18 août, avant laquelle un document intitulé L’Egypte affronte le terrorisme : 14-16 août a été distribué aux journalistes. Le ministre a ensuite critiqué certains représentants de la communauté internationale qui appelleraient exclusivement le gouvernement égyptien à faire preuve de retenue, tout en « ignorant toutes les violences et les attaques contre des bâtiments publics ».

Ces reproches exprimés officiellement à l’égard de la presse étrangère coïncident avec la multiplication des agressions contre les journalistes alors qu’ils couvrent les événements du Caire. Patrick Kingsley, du Guardian, Abigail Hauslohner, du Washington Post, Alastair Beach, de The Independent, Matt Bradley, du Wall Street Journal, et Nancy Youssef, de McClatchy, ont tous été pris à partie par les forces de sécurité égyptiennes ou des par civils au cours des derniers jours. Le journaliste brésilien Hugo Bachega a également été interpellé alors qu’il couvrait les manifestations le 16 août, de même que le réalisateur John Greyson et le médecin urgentiste Tarek Loubani, tous deux canadiens, dont on est pour l’instant sans nouvelles.

Foreign Policy 21 août 2013

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21/08/2013 · 9 h 18 min

ÉGYPTE Où vont les Frères musulmans ?

Dessin de Tjeerd

Depuis la destitution du président Morsi début juillet, la confrérie organise des manifestations, émaillées de violences meurtrières. Elle doit rapidement choisir : persister à tenter de prendre la rue par la force, ou envisager un accord avec l’armée.

Les Frères musulmans n’ont sans doute plus que deux options à leur disposition. Soit ils poursuivent les manifestations et les sit-in et continuent à déambuler armés pour se livrer à des violences – ce qui risque de porter des torts irréversibles à l’organisation -, soit ils font preuve de sagesse et se retirent de la rue après avoir obtenu avec l’armée un accord qui devra passer par un médiateur indépendant, accord qui permettra de passer outre la méfiance qui règne dans les deux camps.

A voir les événements en cours au Sinaï, sur la place Rabaa Al-Adawiya [à Nasr City, un quartier du Caire, lieu de rassemblement des pro-Morsi], et les morts enregistrés place Tahrir au cours d’affrontements entre partisans et adversaires de Mohammed Morsi, c’est la première option qui semble aujourd’hui prévaloir [depuis la destitution de Mohamed Morsi, le 3 juillet, les affrontements entre partisans et opposants au président déchu et entre les manifestants et les forces de l’ordre ont fait plus de 300 morts].

Les Frères musulmans n’ont pas tiré les leçons

Or si les violences et les combats se poursuivent à ce niveau d’intensité, c’est la mort assurée pour les Frères musulmans. Les habitants du quartier de Rabaa Al-Adawiya ont déjà exprimé leur colère et leur frustration à se voir occupés par les partisans du président déchu : il ne se passera pas longtemps avant que ce campement des pro-Morsi soit évacué de force.

Les dirigeants de la confrérie, en particulier son guide suprême Mohamed Badie et Mohamed Al-Beltagui [secrétaire général du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans], pourraient choisir de mettre en danger leur organisation et l’Egypte, en les jetant dans une spirale de violence et d’instabilité : ils refusent d’accepter le départ de Morsi comme définitif. Ils ne sont pourtant pas en mesure de jouer d’égal à égal avec le nouveau régime en place.

Les Frères musulmans n’ont visiblement pas tiré les leçons de leur confrontation avec Nasser dans les années 1950 : à l’époque, la direction de la confrérie, avide de pouvoir, avait refusé ce que le président lui proposait. De même, aujourd’hui, les dirigeants devraient comprendre que ce qui s’est passé devant le complexe de la Garde républicaine [le 8 juillet, 51 manifestants pro-Morsi sont morts sous les balles de l’armée] montre bien lequel des deux camps l’emportera si l’on cherche à régler les conflits par la force.

Comprendre la scène politique en place

C’est un scénario suicide pour les chefs des Frères musulmans, et même un péché au regard de l’histoire de l’organisation. Ce choix est de plus contraire aux intérêts de l’Egypte, confrontée à de pressants problèmes économiques en matière d’emploi, de sécurité alimentaire et de pauvreté.

La seconde option passerait par une médiation entre l’armée et la direction des Frères musulmans. Si la première génération de la confrérie et ses dirigeants ne sont pas disposés à négocier une issue aux violences et au chaos quotidien imposés aux Egyptiens, le régime en place doit ouvrir le dialogue avec la nouvelle génération. Le guide suprême Mohamed Badie et son entourage ont une responsabilité historique, celle de comprendre la scène politique en place et de s’incliner devant l’intérêt public des Egyptiens.

Les Etats-Unis, l’Union européenne, le Qatar et l’Arabie Saoudite pourraient soutenir un accord qui garantisse à la confrérie qu’elle ne fera pas l’objet d’une répression et qui facilite son implication dans la période de transition. Il serait désastreux d’exclure les différents courants pro-Morsi, car ce sont des Egyptiens, et ils pourraient sombrer dans la violence comme l’avaient fait les islamistes dans les années 1940 [notamment l’assassinat du Premier ministre en 1948], 1980 [le 6 octobre 1981, le président Anouar El-Sadate est tué par des soldats islamistes] et 1990 [grande vague de terrorisme menée par la Gamaa Islamiya, un mouvement issu des Frères musulmans mais distinct de la confrérie].

La colère gronde au sein même de la confrérie, où certains dénoncent la gestion de la crise par le guide suprême : ces mécontents pourraient former cette nouvelle génération de Frères musulmans à intégrer aux négociations si la direction actuelle refuse tout dialogue de paix. Il convient de rappeler que les Frères musulmans n’avaient jamais eu le pouvoir depuis 1928 [date de leur fondation] : difficile pour la confrérie, donc, d’y renoncer sans combattre.

Chaque fois qu’ils ont été puissants, ou se sont crus puissants, les Frères ont systématiquement eu recours à la force et à la violence. L’assassinat du Premier ministre Al-Noukrachi Pacha en 1948 en était déjà la démonstration. A cela s’ajoute leur tendance à se considérer perdants dès lors qu’ils n’ont pas tout raflé – ce dont témoignent, par exemple, leurs efforts pour prendre la main sur toutes les commissions parlementaires après leur victoire aux élections de 2012.

Les Frères ne sont plus des victimes

A l’inverse, quand ils sont en situation de faiblesse, les Frères musulmans savent coopérer et accepter les compromis. Ainsi, pendant l’ère Moubarak, ils n’ont jamais cherché à obtenir un grand nombre de sièges au Parlement et n’ont cherché à imposer aucun de leurs membres à la tête d’un syndicat.

Certes, la confrérie n’a pas perdu toute sa puissance, mais depuis son arrivée au pouvoir, elle a perdu en crédit auprès des Egyptiens. Les Frères ne sont plus des victimes, image qui leur collait à la peau de longue date. Ils ne sont plus en position de force, comme c’était le cas à la veille de la révolution du 25 janvier.

Pour les Frères musulmans comme pour l’Egypte, le scénario idéal serait qu’un accord soit trouvé avec le régime. La confrérie devrait prendre exemple sur son fondateur, Hassan Al-Banna, qui avait retiré sa candidature aux législatives et obtenu en échange la création de nouvelles branches pour son organisation et la fermeture des maisons closes [quelques mois après le meurtre d’Al-Noukrachi, Al-Banna a été éliminé en février 1949 par les services secrets égyptiens].

Enfin, il faut signaler que le projet islamique, dans le monde arabe, est pour l’heure presque terminé. L’organisation s’opposant désormais à une large frange de la société et de l’appareil d’Etat, les Frères musulmans ont intérêt à se protéger des attaques en Egypte.

Pendant des années, j’ai défendu les Frères musulmans, et je continue de penser que l’organisation doit faire partie de la vie politique. Mais s’ils persistent dans leur volonté d’escalade guerrière pour ramener Morsi au pouvoir, ils risquent de s’affaiblir. Et pour des décennies. J’ai l’espoir, et la conviction, que la voix de la sagesse saura s’imposer pour que soit trouvé un accord qui mettra un terme aux violences et à l’instabilité.

Ahram Online | Said Shehata

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20/08/2013 · 14 h 25 min

Égypte un pays ingouvernable ?

La violence des affrontements qui ont eu lieu le 14 août entre les partisans du président islamiste déchu, Mohamed Morsi, et l’armée montre un pays divisé alors qu’aucune des deux parties ne peut espérer gouverner sans inclure l’autre.

On assiste aujourd’hui au dernier round en date d’un affrontement qui dure depuis deux ans et demi [la chute du président Hosni Moubarak en février 2011]. C’est l’avenir de l’Egypte qui se joue. Comme les gens ont tendance à exprimer leur volonté politique par les manifestations (n’oubliez pas que la démocratie est vraiment une nouveauté en Egypte, et qu’elle n’a pas encore fait ses preuves), et sachant que les forces de sécurité égyptiennes sont depuis longtemps connues pour leur propension à réprimer violemment les civils, le « combat pour l’avenir » du pays n’est pas qu’une métaphore.

Mercredi 14 août, les forces de sécurité égyptienne ont attaqué deux vastes campements qui s’étendaient dans le centre du Caire [les sit-in organisés sur les places de Rabiaa Al-Adawiya et d’Al-Nahda] et ont tenté de disperser les manifestants. Ceux-ci ont résisté. Il y a eu des centaines de tués, dont beaucoup sont apparemment des civils abattus par les forces de sécurité.

Les manifestants étaient là pour soutenir l’ancien président Mohammed Morsi, renversé par un coup d’Etat militaire au début du mois de juillet (l’armée est toujours au pouvoir). Morsi est issu du mouvement des Frères Musulmans, un groupe islamiste auquel appartiennent bon nombre des manifestants qui se battent aujourd’hui. C’était également le premier dirigeant du pays élu démocratiquement.

Deux idéologies très différentes

Beaucoup d’Egyptiens, surtout les groupes progressistes qui ont pris la tête de la révolution de 2011, ont accueilli favorablement le coup d’Etat. Plusieurs d’entre eux ont même appelé le gouvernement militaire à briser les manifestations pour l’essentiel pacifiques du camp pro-Morsi, alors même qu’il s’y trouvait des enfants, et que personne ne pensait qu’ils se disperseraient sans violence.

Il faut comprendre deux choses. La première, c’est que Morsi, ne nous voilons pas la face, n’a pas été un bon président. Certes, sa mission était difficile, mais il a vraiment sabordé l’économie, qui était déjà en chute libre. Il n’a pas trop cherché à inclure les non-islamistes. Et il a pris certaines mesures très graves et contraires à la démocratie, il a fait arrêter des journalistes et a voulu appliquer des amendements constitutionnels inquiétants qui lui conféraient des pouvoirs écrasants.

Mais la deuxième chose à comprendre, c’est que l’Egypte est profondément divisée, et ce depuis des décennies, entre ces deux idéologies très différentes que j’ai évoquées. Beaucoup d’Egyptiens ne détestent pas seulement les abus de pouvoir de Morsi, ils détestent le mouvement islamiste dans son ensemble, qu’il incarne. On assiste aujourd’hui à l’expression particulièrement sanglante de cette division, qui va bien au-delà du fait que les progressistes ne font pas confiance à Morsi parce qu’il n’a pas été un bon président.

Ces progressistes sont étroitement liés au nationalisme arabe laïque, ce qui veut dire à la fois qu’ils vénèrent l’armée et qu’ils haïssent les Frères Musulmans, peut-être plus encore qu’ils n’aspirent à la démocratie. Les vieilles habitudes ont la vie dure.

Tout cela augure donc de nouvelles violences

Les Egyptiens qui se disent progressistes semblent préférer un gouvernement nationaliste laïque quel qu’il soit, même le régime militaire en place aujourd’hui, tant que cela maintient les islamistes à l’écart. De leur côté, les islamistes ne se sont pas gênés pour écarter tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir en 2012, grâce à un processus démocratique que leur chef de file [Morsi] avait manifestement très envie de dévoyer. Les deux mouvements sont si vastes et si populaires qu’aucun ne peut espérer gouverner sans à tout le moins essayer d’inclure l’autre. Reste qu’aucun n’y semble disposé.

Les observateurs s’accordent sur trois scénarios possibles à court terme. Tous peuvent se concrétiser à la fois, ou aucun, mais ils restent à ce jour les pronostics les plus répandus.

• Le gouvernement contrôlé par l’armée poursuit sa répression contre les Frères musulmans et continue d’exciter l’hostilité qu’ils suscitent déjà dans l’opinion, ainsi les militaires égyptiens n’ont cessé de le faire depuis les années 1950.

• Les Etats-Unis appellent à une transition démocratique pacifique et rassembleuse, comme vient de le faire le ministre des Affaires étrangères John Kerry, mais sans s’en prendre à l’armée égyptienne de peur de perdre leur influence dans le pays.

• Les véritables problèmes de fond (la fracture idéologique et l’économie en chute libre) continuent de s’aggraver.

Tout cela augure donc de nouvelles violences et d’une instabilité accrue, mais sans doute pas d’une escalade. A moyen terme, et sous la pression américaine, un processus politique supervisé par l’armée se mettra probablement en place pour déboucher sur une démocratie agitée. Quant à l’avenir à long terme de l’Egypte, nul ne peut le prédire.

Comme me le disait récemment Michael Hanna, éminent spécialiste de l’Egypte et chercheur à la Century Foundation, « l’Egypte est peut-être tout bonnement ingouvernable. »

THE WASHINGTON POST MAX FISHER 16 AOÛT 2013

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16/08/2013 · 8 h 57 min

L’apprenti plongeur sur motivé

L’apprenti plongeur sur motivé se reconnaît par la façon extrêmement déterminée avec laquelle il va arriver au centre de plongée. Il a très souvent mûri l’idée d’apprendre a plonger depuis un moment, parfois même il a nourri une frustration de ne pas avoir commencé plus tôt. Sa femme (sans sexisme aucun car majoritairement le plongeur est de sexe masculin, et majoritairement, la femme redoute qu’il pratique une activité particulière et l’ennui des longues journées passées seule a la plage avec les enfants), ses enfants en bas âge, son boulot débordant parfois un peu trop sur les temps de repos l’auront mené a repousser sans cesse cette échéance.
Mais ça y’est il s’est décidé, il a convaincu femme et chérubins que ça ne lui prendra que peu de temps (un leurre, qui plonge sait combien cette activité est passionnément chronophage) et il arrive, tel un écolier faisant sa rentrée en cours préparatoire, poing levé, au centre de plongée.
L’apprenti plongeur sur motivé est un élève « facile ». La théorie il en a souvent déjà fait qu’une bouchée avant de partir en vacances. Il a écrit une liste de questions sur un papier blanc et va aller bien au delà des connaissances requises pour passer l’examen final. Il est particulièrement excité a l’idée de pouvoir observer de manière concrète tous ces phénomènes physiques qui régissent le monde sous marin. Il succédera à l’examen sans encombres, sera probablement insatisfait de son taux de 95% de bonnes réponses, et sera même parfois capable de demander une deuxième copie pour décrocher le Graal…
La pratique en piscine et les plongées en elle même seront tout aussi brillantes. Les angoisses naturelles liées au monde sous marin : la pression sur les cavités aériennes, respirer dans l’eau sans masque avec simplement son détendeur en bouche, retirer tout son équipement et sentir nu comme un ver – ne seront que formalités. Il balaye d’un revers de la main tous les exercices en piscine, les réussit tout aussi brillamment en mer, et s’autorise en prime un auto debriefing sur ses petites imperfections.
L’instructeur n’a qu’a se mettre les doigts pied en éventail jusqu’à la fin du cours et applaudir au fur et a mesure, telle une otarie ayant rattrapée la balle…
Mais le véritable challenge avec ce profil de plongeur est de maintenir cette formidable motivation éveillée. Il y a les standards, certes, et c’est déjà finalement très bien s’il répond a tous les pré requis. Mais la curiosité est une qualité a cultiver et la plongée est une source intarissable d’apprentissage.
C’est avec ce plongeur que l’on ira au plus profond des conversations concernant la plongée et le monde qui l’entoure. Débarrassé des angoisses et des doutes habituels, ultra organise et efficace dans son apprentissage, il a énormément de temps disponible sous l’eau et au sec pour comprendre.
Un de mes derniers surdoués s’est pris de passion pour les mircro-organismes sous marins. Nous avons donc passée l’intégralité du cours Open Water à la recherche de nudibranches, crevettes minuscules et autres petits vers de sable. Consciente de l’importance que cette famille animale revêtait a ses yeux, et témoin des joies que cela lui procurait de dénicher un animal minuscule entre deux jolies formations de corail, j’ai exploité le filon pour lui faire travailler sa flottabilité sans qu’il ne s’en aperçoive. Interdiction formelle de toucher le récif, de l’approcher de trop, de saisir quelque objet que ce soit pour se stabiliser face aux animaux dénichés. Mon plongeur en culotte courte a découvert les lois du poumon ballast ( ou la capacité de gérer sa flottabilité par simple inspiration et expiration) avant même que cela ne lui soit expliqué… En concentrant toute son énergie sur ces animaux ridiculement petits, au bout de 3 plongées, il n’utilisait déjà quasiment plus son gilet stabilisateur et ses poumons lui assuraient une flottabilité presque parfaite…
Mon autre sur douée, une jeune femme cette fois ci, avait à son avantage une carrière de nageuse synchro de 10 ans derrière elle avec compétitions internationales à la clé. Une vraie sirène, qui a franchi toutes les étapes du cours sans encombres. Mais finalement, pour une habituée du monde aquatique, une acclimatée de la molécule H2O, il a fallu que je redouble d’énergie pour donner à ce cours le piment nécessaire à la compétitrice qu’elle était. Des la première plongée du cours, accompagnée de son compagnon déjà plongeur expérimenté, et devant l’aisance qu’elle a tout de suite montrée, elle s’est proposée de prendre en main l’appareil photo de son compagnon et a joué avec comme si elle l’avait toujours tenu entre ses deux mains. J’ai compris à ce moment que les basiques d’enseignements du cours seraient trop peu pour elle, qu’elle n’en ferait rien et qu’il faudrait rendre la plongée active et créative pour qu’elle y trouve son compte. Il fallait pimenter la chose. C’est dans le choix des sites de plongée que j’ai pu agrémenter le cours de petites difficultés supplémentaires : entrée un peu sportive, exposition aux courants, visibilité moyenne… Alors qu’il n’y avait strictement aucun débriefing à faire sur les exercices du cours en lui même, nos sujets de conversations ont pu porter sur des sujets aussi surprenants que l’approche d’un canyon par fort courant, l’entrée dans l’eau depuis un plateau récifal à marée haute. Ma nageuse synchro en l’espace de 4 plongées a vécu bien plus que certains plongeurs en 20 immersion et est repartie fière de ses exploits sous marins et prête à conquérir fosses et abymes lors des ses prochaines vacances…

 

 

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06/08/2013 · 11 h 58 min

Le PACS des replats sableux

symbiosis

Une symbiose est une coexistence pacifique et avantageuse de deux ou plusieurs espèces dans un espace très limité. S’il en est une que l’on peut très communément observer en Mer Rouge, c’est le mariage inattendu entre le gobie et la crevette. Une fois le couple repéré, les yeux ne peuvent plus se départir de trouver encore et encore cette association animale étonnante dans les fonds sableux…

Extrait :
« Le gobie à points bleus (cryptocentrus caeruleopunctatus) cohabite entre la crevette pistolet (alpheus djiboutensis) sans le même terrier. De telles paires de gobies et crevettes associées sont nombreuses. C’est toujours le gobie qui choisit une certaine espèce de crevette. C’est aussi lui qui joue le rôle de gardien, car ses yeux voient beaucoup plus loin, sur les étendues sableuses proches du trou, que ceux de son associée presque aveugle. La crevette en revanche travaille continuellement dans le terrier, utilisant ses pattes antérieures comme des pelles. Sans relâche, elle pousse des monceaux de sable hors du trou, jusqu’au delà du gobie avec qui elle garde toujours le contact par au minimum une de ses antennes. Si un danger potentiel approche, le gobie disparait dans le terrier en un instant, et avec lui la crevette qui aurait autrement fait le bonheur d’un gourmet. (…) C’est seulement quand le poisson reprend sa garde, le bout de la queue dans le terrier, que l’ingénieur en terrassement retourne a son travail. »

La Fontaine aurait été, s’il avait été plongeur en scaphandre, très inspiré par cette touchante union et aurait probablement écrit une belle fable… Qu’en aurait été la morale ?

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02/08/2013 · 13 h 09 min